Échassier … un hasard ?
Regarder le monde à 2,50 mètres de hauteur n’est pas donné à tout le monde ! Pourtant, pour Jean-Luc Valentin, prendre de la hauteur est devenu bien plus qu’une pratique insolite : c’est une véritable passion, une manière de vivre et, surtout, une façon de partager.
Avec passion, Jean-Luc raconte son histoire, née presque par hasard d’une rencontre avec Jean-Claude Lamorandière, en 1983.
À 17 ans — puisque nous sommes dans le registre des chiffres ! — Jean-Luc croise, au détour d’une rue foyalaise, celui qui va lui faire découvrir l’univers des échasses. Une complicité se crée immédiatement et, près de quarante ans plus tard, elle ne s’est jamais démentie. Bien au contraire…
D’un premier essai plutôt fortuit à un koudmen sur la plage du Carbet, la passion prend racine. Depuis, les pavés, les côtes, les ruelles et les routes de Martinique se sont peu à peu inscrits dans l’histoire de cet échassier péyi nou.
Artiste ou sportif ?
Artiste ? Certainement ! Car tenir en équilibre sur des échasses, enchaîner les figures et adopter des postures parfois des plus précaires relève d’un véritable travail d’acrobate. Chaque mouvement exige précision, maîtrise et concentration.
Sportif ? Assurément ! À chaque déplacement monopodal, ce sont près de 3,8 kg par jambes qu’il faut soulever et maîtriser.
Pourtant, Jean-Luc ne s’entraîne pas spécifiquement sur ses échasses. Son secret ? Les trails — 15 km minimum le samedi — et des séances de gainage indispensables pour rester debout !
Plastic System Band : quand les échasses donnent le rythme
Le célèbre groupe à pied carnavalesque Plastic System Band a, lui aussi, compté sur les échasses de Jean-Luc.
Avec Georges Ancanot et Nestor Mijéré, il a contribué à faire vivre cette présence spectaculaire au cœur du carnaval martiniquais. Et lorsque les compagnons venaient à manquer, Jean-Luc répondait toujours présent.
La fête, il connaît !
Du haut de ses échasses, il donne le rythme aux musiciens. Une véritable symbiose qu’il recherche à chaque prestation. Un spectacle dont il se délecte, mais qui fait également le bonheur du public et des touristes, toujours ravis de repartir avec un souvenir mémorable.
Les sons l’accompagnent et les aventures s’enchaînent. Parfois même, les Neg Gwo Siro deviennent ses gardes du corps !
Car si Jean-Luc ne semble jamais ressentir de fragilité lorsqu’il évolue à plusieurs mètres du sol, celle-ci est bien réelle. Alors, autour de lui, une ronde se forme, un véritable rempart humain qui lui permet de déambuler sereinement au milieu de la foule.
Le carnaval, c’est son temps, son rythme, sa fête.
Et chaque pas est une victoire pour cet électron libre qui, à travers son indépendance, fait vivre des valeurs essentielles : la rigueur, la discipline, mais aussi l’entraide.
Une anecdote qui fait appel à l’ingéniosité
Régulièrement, les « tubes » n’arrivent pas à temps pour les différentes prestations organisées à travers le monde. Il faut dire que 2,50 mètres de hauteur ne rentrent pas facilement dans un avion !
Qu’à cela ne tienne : Jean-Luc et ses acolytes ont imaginé et construit des échasses télescopiques !
Dans une boîte spécialement dédiée au transport, trois à quatre paires d’échasses sont ainsi rangées, raccourcies le temps du voyage à 1,50 mètre. Chaussures et équerres à disposition… et hop, on emballe pour un tour du monde !
Plus qu’un mode de déplacement, un monde d’actions
Chez Jean-Luc, les échasses ne servent pas seulement à prendre de la hauteur. Elles deviennent aussi un formidable moyen de porter des messages et de soutenir des causes.
La pancarte brandie avec le nom du Martiniquais Thierry Dol pourrait, à elle seule, résumer son engagement.
Avec une discrétion presque paradoxale — puisqu’à 2,50 mètres de haut, « on ne voit que lui » ! — Jean-Luc se met au service des autres et participe à de nombreuses actions solidaires.
Qu’il s’agisse de transmettre sa passion aux enfants en compagnie de Jean-Yves Pognon, de participer à des rencontres compétitives à la Barbade, ou encore de s’engager bénévolement dans l’athlétisme et au sein de l’association Machoket, Jean-Luc Valentin reste un véritable messager de solidarité.

Il évoque également une rencontre « pleine d’émotions » avec Philippe Gusto, président des Baroudeurs, au départ d’un trail organisé en faveur de la lutte contre le cancer chez l’enfant.
Ce partage « en or » renforcera notamment sa volonté d’agir et de se dépasser pour les autres en faisant des grands pas pour la bonne cause.
Et comment ne pas évoquer la commémoration du 22 mai, de Schœlcher jusqu’au Prêcheur ?
Vous imaginez ? Une telle distance parcourue sur des échasses avec ses autres complices et le Plastic Systèm Band … Un défi hors normes, comme Jean-Luc aime s’en lancer.
Le parcours Fort-de-France – Morne-Vert, en passant par Le Carbet, en fut un autre.
Et les défis ne s’arrêtent pas là !
Après la création du trio « Les Globe-Trotteurs sur échasses », (Nestor Mijéré, Georges Ancarnot et Jean-Luc Valentin) les aventures prennent une dimension internationale. Voyages, marathons , marche sur longues distances et même le tour de Marie-Galante réalisé en deux jours, téléthon en compagnie du non voyant Félix Vert-Pré : autant d’exploits qui témoignent d’une endurance et d’une détermination hors du commun.
Les honneurs sont également sur le chemin…
Descendre les Champs-Élysées et recevoir le 1er prix du carnaval de Paris en compagnie du groupe Plastic Système Band : rêve devenu réalité ? Une joie mémorielle parmi tant d’autres.
Une passion au service des autres
Finalement, les échasses sont peut-être bien plus qu’un art ou un sport pour Jean-Luc Valentin.
Elles sont devenues son moyen d’expression, son terrain de jeu, son défi permanent… mais surtout un formidable outil pour aller vers les autres.
À travers chacun de ses pas, il transmet de l’énergie, de la solidarité et une incroyable envie de vivre pleinement ses engagements.
Alors oui, à 2,50 mètres du sol, Jean-Luc est forcément un peu plus haut que nous.
Mais c’est peut-être surtout son cœur qui prend de la hauteur.
Une vraie passion au service des autres, au service des causes qui lui tiennent à cœur justement… et qui fait de lui, à sa manière, un véritable héros de notre quotidien.
Crédit photo – vidéo Jean-Luc Valentin et Jizel Éricher ; Wil’Fox.
Pour en savoir plus, écoutez ce replay sur RCI : An sis kat de : Jean-Luc VALENTIN nous parle de son parcours de bénévolat et ses années en tant qu’échassier :

Une anecdote qui fait appel à l’ingéniosité

Le rythme des échasses, le balan de misié Valentin sont bien retranscrits dans ce beau texte qui dévoile un grand coeur… en nou alé!