Canal de Panama à l’ordre du jour

L’idée de relier l’océan Atlantique et l’océan Pacifique par le canal de Panama remonte au XVIe siècle, peu après l’arrivée des Européens dans la région. Dès 1513, l’explorateur espagnol Vasco Núñez de Balboa découvre l’Amérique centrale en traversant l’isthme de Panama, révélant ainsi l’étroitesse de cette bande de terre.
Cette découverte fait naître très tôt l’idée qu’un passage artificiel pourrait un jour relier les deux océans.
C’est ainsi qu’à la Médiathèque de Trinité, nous avons pu revoir ce pan important de l’histoire martiniquaise sous les regards expérimentés de Leonardo Rey Sidnez, Rolande Bosphore et Monique Milia-Marie-Luce.

Les différentes prises de paroles nous ont éclairé sur l’engagement de la population et a permis de rendre hommage aux travailleurs ayant participé à l’un des plus grands projets d’ingénierie du monde moderne.

Quelques brides historiques
Sous le règne de Charles Quint (1519–1556), les Espagnols envisagent sérieusement la possibilité de creuser un canal. Vers 1534, le roi ordonne même une étude pour évaluer la faisabilité d’un tel projet à travers l’isthme de Panama. Mais les connaissances techniques de l’époque, ainsi que les difficultés liées au relief et au climat, rendent le projet irréalisable.
Au XIXe siècle, avec les progrès de l’ingénierie et de la médecine, le projet redevient concret. La réussite du Canal de Suez en 1869, dirigée par Ferdinand de Lesseps, relance l’intérêt pour un canal en Amérique centrale. Cela mène directement à la tentative française de 1881, puis à la réalisation finale par les États-Unis entre 1904 et 1914.
Jusqu’en 1999, le contrôle des USA est quasi total sur le Canal de Panama : en administrant la Zone du canal comme un territoire sous leur autorité et en imposant leur domination économique et politique, avant de le restituer progressivement au Panama à la suite des accords signés en 1977.
L’engagement des martiniquais
À partir de 1904, des milliers de Martiniquais quittent leur île pour rejoindre la zone du canal. Leur arrivée s’intensifie entre 1905 et 1910, période durant laquelle les besoins en main-d’œuvre sont les plus importants.
Espérant de meilleurs salaires qu’au peyi, ils sont intégrés dans la main-d’œuvre dite “silver roll” (les autres sont en or…), réservée aux travailleurs non américains et non européens. Des fratries entières quittent ainsi le territoire, commes les frères Ortolé cités lors de cette conférence.
Entre 1904 et 1914, les conditions de travail restent extrêmement pénibles. Les ouvriers martiniquais sont exposés à des risques constants : accidents, éboulements, mais aussi le paludisme et la fièvre jaune. Le bilan humain est lourd, avec des milliers de morts parmi les travailleurs caribéens.
Pourtant certains choisissent de rester au Panama. Après l’inauguration officielle du canal, le 15 août 1914, ils contribuent ainsi à la formation de communautés antillaises durables dans le pays. Progressivement elles ont perdu leurs caractéristiques culturelles jusqu’à la langue créole peu usitée de nos jours au Panama.
D’où un travail de mémoire indispensable
Aujourd’hui plus d’un siècle après l’achèvement du Canal, la contribution des Martiniquais est de plus en plus reconnue. Des recherches historiques et des commémorations rappellent leur rôle essentiel entre 1904 et 1914, mais aussi leur présence dès la période française (1881-1889).
Leur engagement et leur sacrifice méritent d’être connus et valorisés dans l’histoire du territoire. Et le témoignage de Leonardo Rey Sidnez a été très instructif à ce sujet.

Pour aller plus loin …
📘 Guadeloupéens et Martiniquais au canal de Panama : histoire d’une émigration
par Joseph Jos (2004) – conseiller culturel au Panama.
📘 Panama, un canal pour mémoire – par Jean-Yves Mollier.
Chaine YT : “Les oubliés de Panama”
https://www.youtube.com/watch?v=zpsoMQJtC3w&t=3s


L’engagement des martiniquais
D’où un travail de mémoire indispensable
