An Tan Robè (le temps de l’Amiral Robert) sous la plume de Sylvie Meslien (1ère partie)

An Tan Robè 

Nombreuses sont les fois où je me suis assise (avec bonheur …) auprès de Tati et de Mamie.

Elles me racontaient cette période si funeste, mais aussi empreinte d’une certaine complicité, puisqu’elles n’étaient alors que des enfants. Leurs douces voix résonnent encore à mes oreilles, reprenant l’hymne qu’elles chantaient face au drapeau, dans la cour de leur école.

 

J’avais déjà évoqué cette époque dans mon premier livre, Quelque chose de Martinique.

Mais ma rencontre avec Sylvie Meslien a ravivé mon désir de mieux comprendre cette page de notre histoire et d’en explorer les multiples facettes.

À travers les questions libres de Family Évasion, Sylvie partage avec nous son savoir et son regard d’historienne. Plusieurs épisodes seront ainsi proposés pour mieux comprendre les ombres d’un temps douloureux et préserver la mémoire de celles et ceux qui l’ont traversé.

Le rôle de l’Amiral Robert en Martinique entre 1939 et 1943

Georges Robert (1875-1965) est un Amiral cinq étoiles, récipiendaire de multiples décorations pour les différents faits d’armes auxquels il a participé notamment durant le Premier conflit mondial.

En août 1939, il est à la retraite depuis peu, il pressent qu’un conflit futur se prépare et il veut en être. Il le fait savoir à son administration qui accepte de le nommer Commandant en chef de l’Atlantique Ouest (Saint-Pierre et Miquelon, Martinique, Guadeloupe, et Guyane).

Il est informé que si la situation internationale devenait conflictuelle comme ce fut le cas avec l’entrée en guerre de la France en septembre 1939, il deviendrait alors Haut-commissaire de France sur les mêmes territoires. Ses missions s’en trouveraient élargies : en plus de son statut de militaire, il exercerait également un rôle d’administrateur et si la situation l’exigeait, de diplomate habilité à négocier avec d’autres pays tout en préservant les intérêts de la France.

Il ne se substituait pas aux gouverneurs déjà en place dans ces colonies, comme en Martinique avec d’abord Bressole, remplacé par Nicol en 1941 ; en Guadeloupe avec le gouverneur Sorin ; en Guyane avec les gouverneurs Chot-Plassot puis Veber en 1943 avant le ralliement.

Flotte maritime et la protection d’un trésor

Croiseur Emile BertinEn Martinique, l’Amiral disposait des croiseurs l’Emile Bertin, et la Jeanne d’Arc (en Guadeloupe), du porte-avions Béarn qui transportait 107 avions achetés aux Américains avant l’armistice, des croiseurs auxiliaires Barfleur et Quercy, du pétrolier Var et de l’aviso Ville-d’Ys.

Il était le chef d’une importante garnison, dont 2 000 marins qui étaient positionnés à la Martinique. Il devait protéger une partie de l’or de la Banque de France près de 286 tonnes d’or.

Tout cet arsenal militaire et l’or inquiétaient les Alliés (Anglais et Américains) qui allaient très vite le lui faire savoir et surtout avec le choix fait par la France de suivre la voie de la collaboration le 24 octobre 1940 lors de l’entrevue de Montoire entre Hitler et le Maréchal Pétain.

Armistice en 1940 et collaboration

Petain HitlerA la signature de l’armistice de juin 1940 qui symbolise la défaite de la France, et conforté par les différents discours du Maréchal Pétain nommé chef du gouvernement français et la mise en place de l’Etat Français, l’Amiral Robert annonce aux populations antillo-guyanaises, quelle sera sa ligne de conduite : mettre en place les directives de l’Etat Français et les valeurs de celui-ci (Travail, Famille, Patrie).

Et suivre la France sur la voie de la collaboration.

C’est l’instauration aux Antilles Guyane, comme en France, d’un état autoritaire, la fin de la citoyenneté pour leurs populations qui deviennent des sujets et la fin du suffrage universel (jusqu’alors réservé aux hommes).

Ses décisions, unilatérales, vont à l’encontre d’une bonne partie des populations des trois colonies Martinique, Guadeloupe et Guyane, (Saint-Pierre et Miquelon rallie la France libre en 1941), les hommes politiques au sein des Conseils généraux, les Maires, mais aussi quelques militaires lui font connaitre leur désir de poursuivre le conflit.

Le 14 juin 1940, l’Amiral Robert rejette toutes les résolutions visant à poursuivre le conflit aux côtés des Alliés.  Les populations qui ont appris la défaite de la France sont sidérées, et leurs premiers élans sont d’aller aider la France comme cela a déjà été le cas lors du Premier conflit mondial.

Isolement du territoire martiniquais

Pour éviter toute révolte de la population, l’Amiral Robert va prendre des mesures pour limiter la communication avec l’extérieur. Il impose la censure, interdit les émissions et l’écoute de la radio. Des journaux pro vichystes sont les seuls autorisés.

Il fait emprisonner toutes les personnes qui s’élèvent, en les enfermant soit sur l’Emile Bertin, soit en les exilant au Fort Napoléon (aux Saintes) ou au bagne de Guyane. Congédie toutes les personnes qui ne cadrent pas avec les valeurs de l’Etat Français et notamment parmi les fonctionnaires : les Communistes, les francs-maçons. Dresse des listes de toutes les personnes de confession juive et toutes celles considérées comme suspectes.

Il met fin aux municipalités telles qu’elles existaient durant la République. Il demande aux gouverneurs de lui proposer des noms de maires et des listes de personnes qui constitueront les comités municipaux, elles ne seront pas élues, mais il faut qu’elles aient exprimer leur accord avec les valeurs vichystes.

Des mesures drastiques

Sous son autorité, plusieurs mesures vont être adoptées. Les gouverneurs imposent le non-travail des femmes. Notamment dans la fonction publique, en leur demandant de retourner à leurs foyers pour s’occuper de leurs enfants et de leurs maris. Il fait réorganiser l’éducation scolaire, oblige le salut au drapeau et les chants qui glorifient le Maréchal Pétain.

Il permet la création de groupes de jeunesse, souvent animés par des prêtres catholiques pour continuer à éduquer celle-ci. Des manifestations sont organisées à la gloire du Maréchal Pétain mais aussi à la sienne. Jeanne d’Arc devient l’égérie pour tous.

Source des photos

image_pdfimage_print
Article précédent

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *