Château Dubuc : trois siècles d’histoire face à l’Atlantique

Château Dubuc et le phare au cœur de la presqu’île de la Caravelle

Le Parc naturel régional de Martinique nous propose un temps des plus agréables et instructifs avec une balade du phare de la Caravelle et à la maison des maître de l’ancienne habitation sucrière et caféière du 18ème siècle, nommée “le château Dubuc”.

Avant l’ouverture du château (qui n’en est pas un …), une petite grimpette de 2 km (les derniers 150 m) nous invite jusqu’au phare mis en service en 1862, après sa construction achevée en 1861, afin de sécuriser la navigation sur la côte est de l’île.

C’est le plus ancien phare encore en activité de Martinique. Construit au sommet d’un piton basaltique, son feu culmine à plus de 160 mètres au-dessus du niveau de la mer, ce qui en fait le phare ayant le plan focal le plus élevé de France. Compréhensible donc que nos mollets nous rappelent à l’ordre !

Automatisé en 1970, il perd donc la présence permanente des gardiens. Depuis 2013, il est inscrit au titre des Monuments historiques, en reconnaissance de son intérêt patrimonial et de son authenticité.

N’hésitez pas à (re) voir son panorama de 360° qui nous récompense après l’effort ! Une table d’orientation nous donne quelques repères … d’où on aperçoit l’ancienne habitation dans un écrin de verdure.

Dubuc, une habitation fondée au XVIIIᵉ siècle

L’histoire commence au début des années 1720. En 1725Louis Dubuc du Galion, issu d’une famille de colons installée en Martinique depuis le XVIIᵉ siècle, fait construire la maison de maître qui donnera plus tard son nom au « Château Dubuc ».

Mais il ne s’agit pas d’un château au sens architectural du terme ! C’est une somptueuse résidence consacrée à la culture de la canne à sucre, du café, du cacao et du manioc. 350 hectares divisés par le plateau de l’habitation, les fôrets et les cultures vivirières.

À cette époque, la famille Dubuc fait partie des plus puissants propriétaires fonciers de l’île.

Une prospérité bâtie sur le travail des esclaves

Au milieu du XVIIIᵉ siècle, l’habitation connaît son apogée. Elle fonctionne grâce au travail forcé de nombreuses personnes réduites en esclavage, comme pour la plupart des plantations de la Martinique coloniale. Sachant que les pierres visibles aujourd’hui datent pour certaines de près de 300 ans, portées dans des conditions inhumaines, l’émotion et les réflexions sont au rendez-vous.

Autour de la maison de maître s’organisent les bâtiments dont les ruines sont évocatrices aujourd’hui : moulin, purgerie, entrepôts, caféière, cuisine, citernes…  Un four à chaux se trouve sur le chemin des quais d’embarquement. Des gabarres étaient alors en attente pour charger les marchandises de l’habitation. Tandis que les cases des esclaves ne sont plus visibles.

Selon différents récits, la famille Dubuc aurait développé un important commerce de contrebande avec des navires entre autres américains. Contourner les restrictions commerciales imposées par le système colonial français était alors le jeu “des finances”. Aventuriers avant tout, les Dubuc restaient dans cette dimension de spéculation.

Une fortune qui périclite

 Au début du XIXᵉ siècle, le domaine est progressivement abandonné. Les descendants Dubuc ne font plus face aux dettes et vendent leurs biens à Eugène Eustache en 1858, un négociant de Saint-Pierre devenu l’un des grands entrepreneurs au XIXᵉ siècle.

Mais au fil des décennies, la nature reprend ses droits sur ce qui fut autrefois une exploitation prospère. Il faut attendre le XXᵉ siècle pour que le site fasse l’objet de véritables campagnes de restauration et de recherches archéologiques.

Les fouilles permettent de mieux comprendre l’organisation de l’habitation et permettent à la population d’y trouver un réel témoignage du passé et d’être valorisé par une précieuse page de l’histoire.

Repères chronologiques

  • 1635 : début de la colonisation française de la Martinique.
  • 1657: arrivée de Pierre du Buc en Martinique.
  • 1671: installation de la famille dans la région de La Trinité.

  • 1725 : construction de la maison de maître par Louis Dubuc du Galion.
  • Milieu du XVIIIᵉ siècle : apogée économique de l’habitation sucrière.
  • À partir de 1789 : déclin progressif de l’exploitation dans le contexte révolutionnaire.
  • 1815 : le domaine est définitivement abandonné.
  • 1848 : abolition définitive de l’esclavage en Martinique.
  • 1858 : le domaine passe aux mains d’Eugène Eustache (1852 dans certaines publications)
  • XXᵉ siècle : campagnes de fouilles archéologiques et restauration du site.
  • 1976 : acquisition du site en vue de son intégration au futur Parc naturel régional de Martinique (PNRM).
  • 19821986 : loi de décentralisation avec un rôle majeur de la région
  • 1992: classement du Château Dubuc au titre des Monuments historiques.

Quelques personnages du domaine ” Château Dubuc “

  • Pierre du Buc (vers 1640-1706) : considéré comme le fondateur de la dynastie Dubuc. Arrivé en 1657 après avoir quitté la Normandie, il reçoit des terres dans la région de La Trinité, après avoir combattu les Caraïbes qui se sont réfugiés dans le nord du territoire. À partir de 1671, il développe les premières exploitations agricoles de la famille.
  • Balthazar du Buc de Bellefonds : fils de Pierre du Buc poursuit le développement des terres familiales sur la presqu’île de la Caravelle et transmet à son fils une exploitation déjà prospère.
  • Louis du Buc du Galion (1693-1765) : petit-fils de Pierre du Buc et principal bâtisseur du domaine. En 1725, il fait édifier la maison de maître qui deviendra plus tard le Château Dubuc. Sous son administration, l’habitation connaît son âge d’or grâce à la production de sucre et de café.

Fiche pratique ” Château Dubuc et phare de la Caravelle “ 

 

Invités par l’association Amikal Manmay, nous avons profité de la visite commentée par Rolande Bosphore, auteure du livre “Luttes sociales et revendications majeures à la Martinique aux XIX et XXème siècles”.

Parcours : ombragé de 2 km (à partir du 2ème parking) entre les deux sites (Phare et Habitation). 150 m de dénivelé.

Site archéologique : très belle réhabilitation (nous l’avions déjà visité par 2 fois) avec un petit musée et un parcours d’interprétation sur le code noir et la période esclavagiste.

Intérêt : page mémorielle incontournable de l’histoire de la Martinique ; remarquable valorisation par les travaux et l’entretien du patrimoine.

Lieu de mémoire rappellant le rôle central de l’esclavage dans le développement économique de la Martinique coloniale.

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