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Rentrer chez soi en période Covid : un aller sans retour ?

Rentrer chez soi par la voie des airs

rentrer chez soi

Rentrer chez soi est une véritable péripétie en cette période tumultueuse « covidienne ». Prendre la voiture est sans doute plus facile mais traverser l’Atlantique a quelque exigence. Le Vendée globe étant fini, je ne peux espérer le stop maritime…

Pourtant l’exigence ne peut surseoir… celle de rentrer chez soi, en étant ultramarin.

Mais si on n’a pas les bonnes pièces (entendez par là, non pas la monnaie clinquante mais justificatives), vous échouerez plus lamentablement qu’à un passage d’examen.

La veille, on s’enregistre

Le test PCR en poche (ou plutôt dans le nez !), on y croit en franchissant une étape où la négativité pour une fois fait plaisir.

PCR CovidDonc direction, l’ordinateur pour m’enregistrer vers la Martinique, lieu de résidence familial. A la fin de l’enregistrement numérique, étonnement pas de délivrance de carte d’embarquement

Ce sera donc à réaliser sur une borne, qui remplacera – de facto – toute la chaleur humaine qu’une hôtesse peut partager. N’imaginez surtout pas une attitude grivoise de ma part, mais sachez que poser une simple question à une espèce humaine (avec espoir d’une réponse…) dans ce monde pixélisé remonte parfois à une véritable prouesse.

Arrivée à l’aéroport

orly rentrer chez soi
Après un transport en taxi sans encombre, où le chauffeur a la gentillesse de faire vivre le « volume de la voiture » en poussant une chansonnette, commence l’aventure au guichet de la compagnie aérienne.

« Bonjour, donnez – moi un justificatif d’adresse. Euh, pardon je regagne mon domicile… je vous donne mon passeport, ma carte professionnelle, mon permis de conduire, mon macaron… euh tout ce que vous voulez mais je n’ai pas la dernière facture d’eau sur moi ! » ; « Donc vous ne pouvez pas voyager… sauf si vous avez une preuve de moins de 3 mois que vous y habitez ».

Donc si je comprends bien la facture, dernière venue, est plus officielle que ma pièce d’identité !

“Allo, chéri ? T’as une facture ?”

avion rentrer chez soi

Bon, comment faire ? Je n’ai pas de facture sur moi ni feuille d’impôt ; là-bas, mon époux peut me les transférer mais le décalage horaire ne va pas aider…

« Allô ? Euh, stp, peux-tu m’envoyer une facture pour que je passe la frontière pour te rejoindre ? ».

Après les premiers émois passés, une facture arrive… celle du téléphone du domicile ; Mince, elle est au nom de Didier ! Ce n’est pas accepté et pourtant si si… je suis bien mariée et nous partageons la même ligne téléphonique, je vous l’assure ! Et même plus…

Enfin mon salaire arrive sur mon écran téléphonique et le sésame ouvre la porte… enfin presque !

La douane et ses quolibets

C’est toujours avec une certaine appréhension que l’on se déshabille (un peu mais pas trop…), que l’on vide nos sacs (un peu…), que l’on montre patte « blanche » (beaucoup…) pour franchir le portillon sympa, s’il ne sonne pas.

Pas de bol pour moi ! A tribord donc, pour vérifier si je n’ai pas quelque usage de produits illicites… on remonte le tee-shirt jusqu’au nombril (qui ne comprend pas, car le sable semble encore loin…) mais la ceinture (que je ne porte pas) est inspectée.

On redescend le polo pour récupérer ses biens et là ! surprise il me manque un caisson : celui des appareils photos et du matériel informatique… Non, on ne va pas les déshabiller eux aussi ? « Contrôle aléatoire, Madame, vous permettez ? Euh je peux refuser… ? Oui si vous voulez. Ben… je refuse ».

Et là sans explication, mon caisson disparait…

« Pourquoi ? ».

« Pour que la police vérifie ».

carte d'embarquement« Hein ? si je refuse votre contrôle aléatoire (qui est le deuxième en moins de 5 minutes…) la police arrive ? ».  Comme la maréchaussée sur les pavés de Paris…  « Oui, oui j’accepte… » en recevant les babillages de la contrôleuse (« on ne rigole avec cela… » « dîtes-moi oui sans hocher la tête… »).

Je pars en vrac… tremblante comme une puce sur le dos d’un chien qui vient de se gratter.

Et bien sûr dans tout ce combat virtuel, la carte d’embarquement a glissé…

Petites questions pour rentrer chez soi

rentrer chez soi - survol Atlantique
Bien sûr, il s’agit toujours de ce Mr Covid qui fait tourner les têtes… et l’idée de nous protéger au mieux est au centre – j’ose imaginer – de toutes ces mesures.

Pourtant je suis loin d’être rassurée… toutes mes autorisations, dérogations, passeport et même téléphone ont été manipulés par des mains inconnues… non gantées pour certaines.

Une femme sans justificatif d’adresse a été refusée… vivant depuis 10 ans avec un conjoint qu’elle espérait rejoindre. On lui a demandé si elle était pacsée… là encore une véritable interrogation « on doit passer à l’église pour rentrer chez soi ? ».

Un homme voulant rejoindre sa famille… un autre avec un certificat médical… n’ont pu non plus franchir le sésame.

Et si je vivais seule… ?

J’imagine aussi mon parrain Marcel sans internet (eh oui, cela existe chez nos aînés !) ou même un de nos enfants désirant rentrer en Outre-mer… quel titre fournir ? puisqu’aucune facture ne leur est dédiée au domicile parental.

C’est avec beaucoup de circonspection et en toute liberté d’esprit que j’écris ces quelques mots… mais je m’inquiète pour un voyage qui se voulait juste « rentrer chez soi ».

rentrer chez soi - air caraibes

Mais j’ai réussi ! Puisque je vous écris assise dans l’avion ! Ah oui, j’oubliais … m’attend alors une septaine.

Nouveau mot du langage courant ! D’ailleurs j’ai pris mes marques, le confinement n’est pas si loin…

Pour en savoir plus…

Informations aux voyageurs