Une carafe, mille souvenirs : quand les objets racontent notre histoire

Nostalgie ou souvenir ?

  Les hommes ont défini la nostalgie comme un sentiment de tristesse et de regret causé par l’absence d’un passé, d’une chose, d’une personne, d’une situation idéalisée.

Certains vont jusqu’à dire que c’est également un désir insatisfait.

Pour ma part, je crois que c’est plus ou moins juste…

Cependant je préfère parler de souvenir. Les souvenirs, ceux qui nous nourrissent si profondément qu’ils font de nous les êtres que nous sommes. Aujourd’hui.

Un objet à sa place … une carafe sur la table.

Quelques années passées, un objet m’a marqué, il était, selon mon point de vue, beau, simple et fonctionnel.

Il accompagnait régulièrement notre quotidien. Et répondait présent, chaque fois que nous le sollicitions. Il avait su faire sa place, jusqu’à s’imposer dans tous les foyers.

Sa robe était belle et lisse d’une couleur chaude qui contrastait avec la fraicheur qu’il nous procurait. Il avait toujours la même allure avec une forme généreuse en bas qui se terminait par un cou qui laissait passer juste une main pour la saisir.

La certitude d’être utilisée …

Vous avez sans doute déjà trouvé l’objet dont je vous parle. Il s’agit, en effet de la fameuse carafe en terre cuite. Ce qu’elle aimait en dehors du fait de nous désaltérer, c’était de trôner sur la table de service avec les autres bouteilles.

Elle les narguait sans complexes. Sûre de sa position, elle contenait la boisson la plus basique mais ô combien indispensable : l’eau, nonobstant, elle savait depuis longtemps qu’elle serait la seule à rester debout, bien ancrée sur la table. Elle savait que contrairement aux autres bouteilles, qu’elle ne quitterait la table que pour être à nouveau remplie. La poubelle, ne la guettait point.

Elle savait conserver l’eau en faisant jouer ses propriétés antimicrobiennes avec ses facultés naturelles de filtrage. Elle avait le don de rafraichir l’eau sans l’aide d’aucun stratagème superficiel, croyez-moi, elle aurait pu faire pâlir de jalousie n’importe quelle rivière de l’île.

La carafe, colosse aux pieds d’argile ?

Pour moi, elle n’avait pas de défaut, on pouvait tout de même lui adresser un reproche, un seul, c’était celui d’être fragile : cela nous obligeait à nous tenir bien droit à ses côtés !

Elle requérait de la douceur et des mains fermes, sûres d’elles. Il fallait d’abord la dégarnir de son bouchon lui aussi en terre cuite avec un petit bouton ; ensuite, il fallait la saisir délicatement par le cou et la pencher vers le verre qui attendait goulument.

L’eau s’échappait de ce goulot avec un bruit particulier lié surement à la forme arrondie, on entendait danser les bulles du fond de la carafe jusqu’à ce qu’elles se libèrent fières d’abreuver et d’adoucir les effets de l’ardent ti-punch et/ou du soleil.

Un objet à jamais perdu ?

Aujourd’hui, la carafe en terre cuite n’est pas totalement écartée de nos vies. Elle fait partie de notre patrimoine, d’un lointain héritage amérindien.

Ses fonctions ont changé. Elle trône encore par ci par là, elle arbore ses couleurs pour compléter harmonieusement une décoration.

C’est vrai qu’elle est jolie. Elle est surtout efficace à l’heure du développement durable ; alors serait-il envisageable de la réhabiliter et de lui redonner ses lettres de noblesse ?

Texte écrit par Raymonde Résident

Photos de Carolle